Vous êtes ici : OVSQFRObservationscampagnes de mesureBrisk

BRISK

BRISK (BRidging Indigenous and Scientific Knowledge about global change in the Arctic) est un projet financé par l'Agence Nationale pour la Recherche (ANR) avec un co-financement de l'IPEV (Institut Polaire Paul Emile Victor).

Basé sur des études de cas en Laponie (Norvégienne et Suédoise) et en Sibérie chez les éleveurs de rennes (sud Yakoutie/Amour, République Touva), le projet BRISK développe des méthodologies innovantes d’observation par l’établissement avec les autochtones de systèmes d’observation des changements environnementaux et sociaux qui permettent la coproduction des savoirs.

Ainsi, le projet BRISK comporte plusieurs observatoires suivis par différents chercheurs :
Alexandra Lavrillier (enseignant-chercheur, CEARC) chez les éleveurs de rennes Evenks en Russie,
Maxence Rojo (doctorant UVSQ) chez les éleveurs de rennes Tozhu Tuvans en Sibérie,
Samuel Roturier (AgroParisTech) et Marie Roué (Muséum National d'Histoires Naturelles - MNHM - UMR 7206), chez les Samis de Suède.

Les éleveurs de rennes Evenks

L'observatoire le plus développé est situé dans l’une des plus vastes zones des Evenks nomades de Russie. Il s’étend sur une surface de 7000 km² et concerne environ 15 000 rennes répartis en 250 élevages ou troupeaux (40-100 rennes par élevage).

De nos jours, les rennes sont la propriété de trois types d’unité d’économique :
les entreprises apparues après l’effondrement du pouvoir soviétique,
les mini-entreprises autochtones (coopératives familiales reconnus par le gouvernement russe),
les éleveurs privés (non reconnus officiellement).

L'observatoire transdisciplinaire chez les Evenks se situe dans la zone frontalière entre le sud de la Iakoutie (république Sakha) et le nord de la région de l’Amour. Bien que ces Evenks appartiennent aux mêmes familles et guident leurs troupeaux ensemble depuis des siècles, ils sont divisés en deux régions (Iakoutie et Amour) depuis 1935, ce qui implique des complications juridiques et territoriales.

Photo : S. Gabyshev

Dans ce type d’élevage où les principales ressources viennent de la chasse (nourriture, fourrures), l’élevage de rennes procure un moyen de transport et du lait, ainsi qu’une réserve de viande en cas de famine. Ceci implique une forte dépendance vis-à-vis l’environnement naturel.

Les Evenks étudiés habitent une forêt montagneuse naturelle à la riche couverture végétale. Le climat continental varie de -50°C à +30°C. Certaines régions sont souvent très accidentées par des rivières et des ruisseaux à fort courant, tandis que d’autres vallées plus larges offrent des paysages de tourbières et de prairies, pâturages idéaux pour les rennes l’été.


Photo : A. Lavrillier

Le projet BRISK est une demande de la communauté locale afin de mieux comprendre les changements du climat et de l’environnement qui peuvent devenir une menace, non seulement pour l’environnement ou l’économie traditionnelle, mais aussi pour les sociétés et leurs cultures.

Les éleveurs de rennes sont confrontés depuis de nombreuses années aux impacts du changement climatique, en plus des changements environnementaux liés aux politiques régionales, nationale et internationales, aux industries d’extraction (mines d’or, charbon), à la déforestation ou encore à la construction de barrages, d’oléoducs, de routes et de voies ferrées… Alors que les Evenks sont en contact avec les industries extractives depuis la fin du 19ème siècle, les récents développements démontrent un important accroissement des projets industriels qui impactent directement leurs zones nomades ou qui en sont proches.


Photo : A. Lavrillier

Les Evenks ont remarqué les changements climatiques et environnementaux depuis plusieurs décennies, par exemple, la hausse des températures en hiver comme en été, les fortes variations de la météo et les sauts inattendus de température, ainsi qu’une augmentation des précipitations estivales, mais ces changements ont augmenté beaucoup plus rapidement pendant les 5-10 dernières années. La période la plus froide de l’hiver est aujourd’hui de deux mois plus courts qu’il y a 30 ans et donc la période de neige devient plus courte. D’après les Evenks, ce réchauffement climatique est la cause de l’augmentation des feux de forêt et des changements en ce qui concerne la faune et la flore (extinction ou apparition d’espèces).


Photo : A. Lavrillier

Les méthodologies de l’observatoire Evenk ont été conçues collectivement par des éleveurs de rennes, des climatologues, des anthropologues et des ethnobiologistes. Il a été établi en hiver 2013 par S. Gabyshev, L. Egorova (Evenks) et A. Lavrillier. Il fournit des observations quotidiennes en fonction de critères à la fois de connaissances autochtones et scientifiques (sciences sociales et environnementales). En outre, Gabyshev et Lavrillier (avec l’aide d'autres éleveurs) ont développé de nombreux produits de co-production des savoirs concernant :
le savoir environnemental autochtone,
les changements environnementaux,
la cartographie des usages des sols,
les pratiques d'adaptation,
les impacts socio-économiques des changements globaux.

BRISK

Responsable scientifique : Alexandra Lavrillier (alexandra.lavrillier@uvsq.fr)
> Site web
> Article UVSQ