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Un canard de salle de bain pour décrypter la pollution plastique - Interview avec Mateo Cordier

Le 8 octobre, Plasticologie : 50 scientifiques prennent la parole est sorti en librairie aux éditions CNRS. Parmi les chercheurs ayant contribué au projet, Mateo Cordier, maitre de conférence et-chercheur en économie de l’écologie au CEARC, laboratoire de l’OVSQ.

le 4 novembre 2026

L'ouvrage est sorti le 8 octobre aux éditions CNRS.

Présentation de l'ouvrage 

Un canard, de la science et la santé planétaire : tel est le cocktail détonant à la base de ce récit, où la star de nos salles de bain, exquis prétexte pour faire de la science, dévoile avec humour, rigueur et poésie l’omniprésence des plastiques, leurs impacts sur les milieux naturels et sur la santé humaine. Nourri par une science indépendante, transdisciplinaire et curieuse, cet ouvrage dépoussière de manière ludique les idées reçues et les fausses bonnes solutions. Appelant une réponse multi-acteurs et multi-niveaux, il invite à considérer le plastique comme un phénomène systémique et invente une manière originale d’aborder les enjeux contemporains : entre enquête scientifique et documentaire graphique.

Mateo Cordier revient sur son implication dans l'ouvrage en trois questions.
 

Pourquoi le choix du canard comme mascotte de l’ouvrage ?

"Il y a eu un concours de lancer de canards dans une rivière en France il y a quelques années. Mon collègue Jean-François Ghiglione, Nelly Pons et d'autres collègues avaient écrit aux organisateurs. Ils lançaient des milliers, voire des dizaines de milliers de canards, qui devaient arriver à un point donné. Ils étaient numérotés, chacun avait son canard, et il y avait des gagnants.

Or le canard en plastique est fabriqué en PVC, un matériau très polluant. Il y a forcément des canards qui se perdent et ne sont jamais récupérés. Les produits chimiques contenus dans le plastique se relarguent ensuite dans l'environnement.

 L'idée d'un livre existait déjà depuis quelques années, mais elle n'avait jamais abouti. Cette fois, c'était le bon moment. Jean-François Ghiglione et Nelly Pons ont contacté une cinquantaine de scientifiques et nous avons tous répondu positivement. Avec ce livre, nous avons franchi le pas de la transdisciplinarité, notamment grâce à notre collaboration avec Pomme Bernos, qui est illustratrice de bande dessinée.

Au départ, je ne connaissais rien au canard en plastique ! J'ai dû faire des recherches sur le canard de bain pour comprendre de quoi il était constitué, où il était fabriqué et s'il était recyclé, et dans quelle proportion. Il a donc fallu construire des exemples scientifiques à partir du canard. C'était assez original. Au début, je me suis dit que je n'allais jamais y arriver. Et puis, nous avons réussi."

Quelle a été votre contribution dans le livre ?

"J'ai travaillé sur les parties liées aux enjeux sociétaux, notamment sur les liens entre plastique et corruption. Nous avons construit un modèle mondial couvrant 217 pays et territoires, à partir de données de la Banque mondiale. Nous montrons que si la France améliorait de 50 % ses politiques de lutte contre la corruption et de contrôle de l'influence des lobbies, elle pourrait réduire la pollution plastique de 15 % (mais un autre modèle auquel j’ai contribué en 2021 est plus optimiste et montre que le résultat sur la réduction de la pollution pourrait même atteindre 58%).

Dans le livre, nous mettons  aussi en avant  le pouvoir des lobbies. En 2024, lors des négociations à Ottawa ( Canada) sur le traité international contre la pollution plastique, les lobbys ont déployé des moyens considérables : des publicités sur les taxis, des panneaux publicitaires partout, des campagnes vantant les mérites du plastique comme « These plastic save lives » avec une affiche montrant une jeune fille sur un lit d’hôpital portant un masque à oxygène.

On met aussi en avant la différence entre les revenus générés par l’industrie plastique  et l’impact sur la santé humaine. Lorsque l'on met ces revenus en regard des dommages causés à la santé humaine, le résultat est frappant. Pour les États-Unis, une estimation montre que les coûts sanitaires liés au plastique  (319 milliards de dollars) sont plus de trois fois supérieurs aux revenus générés par l'industrie plastique (98 milliards de dollars en 2025). Autrement dit, ce que l'industrie génère en revenus, elle le fait payer trois fois plus cher en coûts de santé. C'est une estimation pour les États-Unis, mais c'est très parlant."

Quel est le but final de l'ouvrage, à quel public est-il destiné ?

"L'idée est que le livre puisse aussi être lu par des enfants, tout en restant très complet. Pomme Bernos, l’illustratrice a également fait un énorme travail. Elle ne s'est pas contentée de réaliser les illustrations : elle a aussi critiqué certains éléments scientifiques que nous avancions, et ses critiques étaient justes.L'objectif est donc de vulgariser le sujet, mais aussi de faire du plastique une véritable problématique sociétale, au-delà du monde académique. Il faut que tout le monde puisse s'en emparer.

Les citoyens doivent s'emparer du sujet, parce que c'est la société qui fera évoluer les choses. Le changement ne viendra pas uniquement des scientifiques, des politiques ou des entreprises : il se produit lorsque tout le monde s'empare d'une question.On nous dit qu'il faut trier et recycler mais le recyclage ne peut donc pas constituer, à lui seul, une solution au problème.

Nous sommes pris en otage par un système économique fondé sur le carbone. Le plastique, c'est du carbone : 99,3 % du plastique est issu du pétrole. Et, en tant que citoyens, nous n'avons pas vraiment le choix de consommer ou non du plastique. On en retrouve dans nos téléphones, nos ordinateurs, nos vêtements, nos chaussures… Il est partout.

Il faut comprendre que le recyclage nécessite de réinjecter constamment du plastique neuf. Au bout d'environ sept cycles, le plastique n'est plus recyclable, parce qu'il perd ses propriétés mécaniques, sa flexibilité, sa transparence ou encore ses caractéristiques d'origine. Il finit donc par devenir un déchet, qui sera incinéré ou mis en décharge. Tôt ou tard, le recyclage s'arrête."
 

En détails

CNRS Éditions
Parution prévue le 08/10/2026.
EAN : 9782271157379
144 pages
22,00€